49. Le rêve

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à LGS

 

J’ai rêvé de vous la nuit dernière. Je vous parlais. Ou alors c’est vous qui parliez et moi qui écoutais, je ne sais plus. Peut-être à tour de rôle. Je ne me souviens pas de quoi il était question dans le rêve ; ce dont je me souviens, c’est qu’après votre départ, j’ai jeté un coup d’œil au miroir et me suis aperçu que la moitié de mon visage, la partie droite, était recouverte d’un liquide noir qui coulait. Comme si du rimmel avait glissé des sourcils aux cils et des cils jusqu’au bas (droit) du visage. J’ai pensé « Pourquoi ne m’a t’elle rien dit ? Pourquoi ne pas me l’avoir fait remarquer ? » et je me suis réveillé. Je m’entends encore prononcer à voix haute, dans le sursaut du réveil : « Quoi ! Vous ici ? », et alors je me suis rappelé où se trouve cette même formule dans le poème Little Gidding de T.S. Eliot 1 ; c’est au moment où le poète, marchant dans les rues avant l’aurore, rencontre le « fantôme composite » qui lui révèle les souffrances auxquelles il doit s’attendre : « Les mots de l’an passé sont d’un discours passé/Les mots de l’an prochain voudraient une voix neuve. » Je me souviens aussi que le fantôme d’Eliot commence par la raillerie : « Apprenez les dons que vous réserve la vieillesse. » Que vous réserve la vieillesse, que vous réserve la vieillesse… Je ne retrouve pas la suite. Tant pis.

1 T.S. Eliot, Little Gidding / Le Seuil, 1969.


Votre ami de toujours,

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Le 23/10/2011