40. Haute couture

Ferber, il est minuit. Assise sur le divan mythique du studio, La Grande Sophie a manifestement du mal à se détendre. Plus lointaine et sombre que jamais, sa pupille est absente et son iris… Aurait-elle pris quelque substance illicite ? Ludovic B. (comme Bienveillant), essaye par tous les moyens de la distraire, de la faire sourire : imitation d’animaux exotiques en tous genres, histoires drôles et devinettes sur l’air de « Monsieur et Madame Trazet ont des jumeaux dizygotes… », mais c’est sans succès. La jeune femme reste de marbre.

C’est alors qu’apparaît Alpdf, nimbé d’une lumière surnaturelle illuminant toute la salle en cette dernière journée de studio. LGS, les yeux comme des soucoupes fixés sur son fantôme attendu, est enfin rassurée…

« Vous m’avez l’air chiffonnée mon amie. Que puis-je faire pour vous que je n’aie déjà fait ? », lui demande le fantôme.

« Je voudrais une robe couleur du vide. De celles que l’on porte les soirs de grand vertige… », lui répond-elle dans un sourire étrange, presque inquiétant.


1 heure 50 am. Le vœu de La Grande Sophie a été exaucé. Impériale, elle apparaît sur le linoléum du Club Ferber, arborant la robe couleur du vide ardemment désirée.

« Votre robe vous satisfait-elle ? », questionne Alpdf.

Mais la longue jeune femme soudain éprise d’un vertige infini, ne semble pas pouvoir répondre à son complice cousu de fil blanc ; elle se contente de murmurer à qui veut l’entendre :

« De l’air, de l’air, de l’air… »

2 heures 45 am. Alors que les producteurs en effervescence – et tout ce que le studio compte de techniciens, musiciens, managers et assistants – cherchent au hasard du labyrinthe des salles, couloirs, cabines, bureaux et entrepôts désaffectés, la trace de leur chanteuse évaporée, LGS sort enfin de sa léthargie pour déclarer à son confident des moments suspendus :

« Je me sens enfin prête… »

« Prête ? Oui… Poursuivez… », marmonne Alpdf.

« Prête à aller à sa rencontre et à le suivre dans les airs… », rajoute celle qui a vraisemblablement perdu toute notion d’espace et de temps.

5 heures 55 am. La Grande Sophie réapparaît enfin dans la « cabine de pilotage des voix », face au cercle des producteurs exécutifs qui évaluent en catastrophe le bilan substantiel des heures perdues quoique facturées par le studio. Livide – ivre, somnambulique, bipolaire ? –, l’interprète de Quelqu’un d’autre est visiblement en proie à un troublant dédoublement de la personnalité. Elle refuse à présent de chanter et n’a qu’une idée fixe, qu’elle chuchote à l’oreille de Laurent B. (comme Bienveillant) :

« Il faut se planquer et l’attendre sans faire de bruit, alors chut ! »

Un ange passe…

« Il est très rare et très difficile à saisir, à capturer », poursuit-elle, « mais je sais que je finirai par l’approcher. »

L’ingénieur du son, pourtant spécialiste de l’écoute dans ses moindres détails, reste interdit. Le studio – d’une commune voix – décide d’ajourner la séance…

Photos by Alpdf

Votre fantôme sur le divan,

Alpdf

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Le 04/10/2011