12. Ma radio

Elle surplombe le frigo pense-bête où j’ai noté sur vingt-cinq post-it de couleurs différentes :

« Essayer de s’organiser correctement pour tout oublier »

Je l’allume dès le matin comme on met le nez à la fenêtre et elle me donne de mes nouvelles en me parlant du monde qui m’entoure.

Aujourd’hui, à l’aube, elle m’annonce que la lune a rajeuni de deux cent mille ans ; plus tard, elle m’apprend qu’il est possible de repigmenter mon épiderme de fantôme grâce aux cellules souches. Intéressant… Soudain, entre deux brèves, un spot publicitaire émanant de ceux qui nous gouvernent fait sursauter mon poste orange : « Frauder, c’est voler, celui qui fraude sera sanctionné », menace l’intrus dans le transistor.

J’imagine un refrain plausible à ce couplet dévastateur… Quelque chose comme : « Apprenez à suspecter votre voisin. Dénoncez vos amis – frères humains – s’ils ne se comportent pas en parfaits citoyens. » 

Ma radio a froid dans le dos, moi aussi. On zappe illico.

Changement de fréquence et de ton. Une chanson de La Grande Sophie – en duo – mixée façon sixties, envahit bientôt les ondes et me rappelle les standards de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. La mélodie aérienne souffle un vent salvateur dans ma cuisine en panique et calme un peu mon esprit frondeur.

« Adieu mon ange… Adieu les beaux jours… Je reviendrai peut-être », lance-t-elle à son amour.

Alors je me glisse un instant dans la voix du « lover » (du voleur ?) radiophonique au timbre grave, pour lui susurrer à mon tour :

« Si tu pars, je serai patient… Si tu reviens, dis-moi le jour… Je t’apporterai des roses rouges. 1 » 

La machine à café s’enraye et mon rival matutinal disparaît sous la mousse et le bruit du percolateur. Je m’éloigne en chantant « Goodbye for ever », comme on referme la boîte de Pandore de ses souvenirs lointains.

Des roses rouges (P&M : LGS)

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Le 06/09/2011