8. A la loupe

Comme un album de chansons, nous sommes tous faits de plusieurs morceaux : œil / oreille / main / nuque / sein / nez / pied / genou / front / menton / fesse / bouche / etc.

On dit « Je suis amoureux d’Untel » ; en revanche – et même si on est fétichiste –, on dit rarement « Je suis amoureux du pied d’Untel », car Untel ne se résume pas à son pied. Il est un tout. Il est bien sûr possible de focaliser sur une partie du corps d’Untel et de le désirer partiellement à la simple vue de ce point précis du détail de son anatomie – scénario qui peut être tout à fait excitant –, mais cela n’a rien à voir avec le sentiment amoureux.

Il en va (un peu) de même pour un album de chansons. Je m’explique…

Quand je zappe à tout va sur mon lecteur mp3 en mode « shuffle », je peux flasher sur le titre d’Untel, mais ce n’est qu’à partir du moment où j’écoute l’album en entier et redécouvre la chanson qui m’a plu dans son contexte, qu’elle prend alors tout son sens : rattachée à une histoire, un livret, une aventure humaine, une image représentant son auteur ; liée à une problématique, un thème, une (ou plusieurs) directions musicales… Elle est réunifiée.

Les fantômes de mon espèce n’ont pas d’opinion arrêtée en ce qui concerne le téléchargement « sauvage », dans la mesure où nous ignorons (presque) tout des lois du marché. Toutefois, je me rends bien compte à l’usage que jamais rien ne remplacera l’écoute d’un disque sur toute sa longueur.

Aussi, si vous pouvez seulement vous permettre de « loader » un titre à 99 centimes et n’avez pas les moyens de télécharger l’album dans son intégralité (ou de vous le procurer chez le revendeur le plus proche), alors – d’un point de vue esthétique j’entends –, je prends le risque de vous conseiller de subtiliser l’objet (oui, de le voler) et si possible sans vous faire chopper !

Mon idée sortie du chapeau n’est peut-être pas très morale me direz vous et je vous le concède ; j’ai pourtant l’intime conviction qu’en procédant de la sorte, vous rendrez au moins justice au travail de l’artiste, dans la mesure où vous n’en dénaturerez pas la valeur.

Lorsqu’on est amoureux, on l’est de Paul ou de Camille, peu importe, mais pas d’un « petit bout » de Paul ou de Camille. Et cela fait du bien, parfois, de tomber amoureux.

Votre fantôme hors-la-loi,

 Alpdf

Lyrics & photos by Alpdf

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Le 03/09/2011